En France, le nombre officiel de chômeurs (catégorie A) tourne autour de 3 millions de personnes selon la DARES. Mais cette statistique ne dit pas tout : près d’un demandeur d’emploi sur deux inscrit à France Travail ne touche aucune indemnité.
Si l’on additionne les catégories A, B et C — c’est‑à‑dire les personnes sans emploi ou en activité réduite — on dépasse 5,4 millions d’inscrits. Et si l’on ajoute les travailleurs précaires, les intérimaires en sous‑activité, les personnes en formation, les radiés et les « invisibles » du marché du travail, plusieurs analyses indépendantes estiment que le nombre réel de personnes en situation de chômage ou de sous‑emploi dépasse les 8 à 9 millions.
Mais même ce chiffre ne suffit pas à comprendre l’ampleur du phénomène. Prenons le problème à l’envers : comptons ceux qui travaillent réellement.
Selon l’INSEE, la France compte environ 30 millions d’actifs, dont près de 28 millions occupent un emploi. Sur une population totale de 67,8 millions d’habitants, les personnes âgées de 15 à 64 ans représentent environ 64 % de la population, soit près de 43 millions de personnes.
Si l’on soustrait les 28 millions de personnes en emploi, il reste environ 15 millions de personnes en âge de travailler mais sans emploi stable. Cela représente plus d’un tiers de la population en âge de travailler. Nous sommes très loin des chiffres officiels qui se limitent à la seule catégorie A.
Parmi ces millions de personnes, une part importante n’a aucun revenu professionnel. Les estimations évoquent plus de 12 millions de personnes entre 15 et 64 ans sans revenu d’activité.
Côté salaires, la réalité est tout aussi contrastée. Un quart des salariés gagne moins de 1 150 € nets par mois (1er quartile INSEE). Le salaire moyen dépasse officiellement 2 500 € nets, mais ce chiffre est tiré vers le haut par les hauts revenus.
Le salaire médian — celui qui partage la population en deux — est d’environ 1 900 € nets. Mais si l’on prend en compte les contrats courts, les temps partiels subis, les périodes de chômage et les petits boulots, le revenu médian réel des travailleurs précaires chute nettement : une grande partie survit avec moins de 1 400 € par mois, parfois beaucoup moins.
Au final, les comptes officiels donnent une image très partielle de la situation. Entre les chômeurs invisibles, les travailleurs pauvres, les radiés et les précaires, une large partie de la réalité sociale échappe aux statistiques. Les chiffres sont présentés de manière à rassurer, mais ils ne reflètent pas la vie quotidienne de millions de personnes.

