Produire une énergie propre, locale et à prix raisonnable n’a rien d’utopique. Ce qui l’est davantage, c’est d’y parvenir tant que notre système énergétique reste dominé par des multinationales dont la priorité est la rémunération des actionnaires plutôt que l’intérêt général. Alors, comment reprendre la main ?
Une piste concrète : les ELD, Entreprises Locales de Distribution
Alors que les grands opérateurs nationaux ont été largement privatisés au fil des décennies, les ELD représentent une alternative crédible pour maintenir un service public de proximité, réellement à l’écoute des besoins des habitants.
Les ELD en France aujourd’hui
- Environ 160 ELD électriques et une vingtaine pour le gaz (le chiffre a été consolidé ces dernières années).
- Elles couvrent environ 5 % du territoire, soit près de 3,5 millions d’habitants.
- Elles sont indépendantes d’Enedis et de GRDF, même si elles coopèrent avec eux sur certains aspects techniques.
- Elles sont présentes aussi bien en zones rurales qu’en zones urbaines.
Leur force : des tarifs maîtrisés localement, une gouvernance publique ou semi‑publique, et des bénéfices réinvestis sur le territoire, au lieu de remonter vers des actionnaires internationaux.
La Savoie, championne de France
Avec 27 régies d’électricité, la Savoie reste le département français le plus engagé dans la distribution locale d’énergie. Un modèle qui prouve qu’une autre organisation est possible.
Pourquoi les ELD sont une solution d’avenir
Ces structures de taille humaine sont proches des usagers, intégrées dans la vie locale et cohérentes avec une politique de sobriété énergétique. Contrairement aux multinationales, elles n’ont aucun intérêt à pousser à la surconsommation.
Elles permettent aussi de contourner les positions dominantes de certains acteurs. Pour mémoire, Engie a été condamnée en 2017 à 100 millions d’euros pour abus de position dominante (Autorité de la concurrence). Un rappel utile : la concurrence n’est pas toujours synonyme de liberté pour les consommateurs.
Des solutions techniques existent déjà
L’avenir énergétique ne dépend pas uniquement des grands projets nationaux. Il existe une multitude de solutions locales, complémentaires :
- Solaire individuel ou collectif
- Petit éolien associatif ou communal
- Hydroliennes de rivières
- Chaufferies bois de quartier
- Récupération de chaleur résiduelle industrielle
- Micro‑méthanisation agricole
- Géothermie de surface ou profonde
Et même… la géothermie minière
Aux Pays‑Bas, plusieurs villes exploitent déjà la chaleur des anciennes mines pour chauffer des quartiers entiers. En France, l’École des Mines de Saint‑Étienne a étudié cette possibilité : le potentiel existe, mais aucun projet n’a encore été lancé à grande échelle.
Un rappel historique : l’énergie a longtemps été locale
Avant l’ère des réseaux nationaux, l’énergie était produite au fil de l’eau, du vent ou du charbon local. La Maison des Tresses et Lacets, au bord du Dorlay, en est un témoin : un moulin utilisant la force hydraulique depuis 1502. Cette énergie locale a porté le développement industriel de notre région au XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle.
Rien n’empêche de renouer avec cette logique, adaptée aux technologies du XXIᵉ siècle.
Alors, qu’est‑ce qui manque ?
Les solutions techniques existent. Les ressources locales existent. Les modèles économiques existent. Les exemples européens existent.
Ce qui manque, c’est la volonté politique.
La volonté de ne plus confier notre avenir énergétique aux multinationales. La volonté d’élus réellement indépendants des lobbies. La volonté de redonner aux communes et aux habitants la maîtrise de leur énergie.
Aujourd’hui, ce n’est clairement pas le cas. Mais chaque initiative locale, chaque régie créée ou renforcée, chaque projet citoyen est une avancée.
Et maintenant ?
2020 est passée, mais les enjeux restent les mêmes : reprendre le contrôle de notre énergie, donc de notre avenir.
Nous continuerons à suivre et relayer toutes les initiatives locales allant dans ce sens.
Ps : cet article est avant tout défiant envers les multinationales, en ce qui concerne les grandes entreprises d’état, leur taille et leur fonctionnement non démocratique en ont fait des cibles idéales pour les multinationalles à court ou moyen terme.

