La métropolisation est un phénomène mondial désormais classique. Loin d’être une innovation « design », elle s’inscrit dans une approche banale des territoires, héritée des préceptes de la nouvelle économie géographique. Cette vision, ultra‑simplifiée, réduit les dynamiques territoriales à des modèles commerciaux typiques du XXᵉ siècle — une vision que Perdriau et bien d’autres continuent de défendre.
Selon cette théorie, les grandes agglomérations, du fait de leur taille, seraient capables de concentrer efficacement les moyens de production. La richesse ainsi créée serait ensuite censée « ruisseler » vers les autres territoires. Or, chacun a pu constater que cette théorie du ruissellement ne fonctionne pas. Si l’eau obéit à la gravité, l’argent, lui, continue de se concentrer entre un nombre toujours plus réduit de mains.
On nous répondra que la redistribution ne peut pas se faire seule, et que les pouvoirs publics — Région, État, Europe — sont là pour garantir l’égalité des chances en matière d’éducation, de santé ou d’emploi. Mais cela suffit‑il vraiment à compenser les déséquilibres structurels créés par la métropolisation ?
Faut‑il alors conclure que big is beautiful ? Si l’on s’en tient aux indicateurs socio‑économiques habituels, certaines métropoles sont effectivement très dynamiques (Toulouse, Nantes, Bordeaux, Rennes, Lyon…). D’autres le sont beaucoup moins (Rouen, Saint‑Étienne, Nice, Strasbourg…). Et, symétriquement, certains territoires non métropolitains prospèrent, tandis que d’autres stagnent.
Nous sommes enfermés dans un modèle de compétitivité — ou plutôt de compétition — qui repose sur une vision économico‑centrée simpliste. Ce n’est pas un hasard si les modes de décision qui en découlent ressemblent à ceux de l’entreprise : une consultation minimale, souvent limitée à des sujets secondaires.
Qui dit compétition dit aussi concentration. La plus grande métropole attire mécaniquement les entreprises. À ce titre, l’A45 aurait surtout accéléré le déplacement… non pas des automobilistes, mais des activités économiques, au profit du Grand Lyon.
La métropole consacre également le pouvoir des experts administratifs, seuls capables de dialoguer avec les experts des grandes entreprises qui répondent aux appels d’offres. Des marchés à l’échelle métropolitaine, auxquels seules les multinationales peuvent réellement répondre.
Ainsi, l’habitant métropolitain se retrouve coincé entre des multinationales qui gèrent son quotidien (eau, énergie, transports…) et des hiérarchies métropolitaines centralisées. Il est progressivement dépossédé du bien commun et tenu à distance des lieux où se prennent les décisions qui le concernent.

