L’année dernière, la municipalité stéphanoise a ordonné la fermeture du jardin partagé « Le Berchu » pour des raisons de sécurité, selon elle. Il y a peu, elle l’a nettoyé, c’est-à-dire enlevé toutes les constructions de jardinage à l’abandon qu’il contenait encore, pour le remettre à un sol plat et vide. Le Berchu se trouvait à proximité de la place Jean-Jaurès, au bas de l’escalier qui monte au Crêt-deRoc. L’équipe qui l’a créé l’avait dénommé ainsi parce qu’il se trouvait dans une « dent creuse », expression des urbanistes pour désigner une parcelle vide ce qui, en général, ne leur plait pas beaucoup – d’après le wiktionnaire, « berchu » désigne en parler gaga un enfant qui a perdu des dents. L’équipe qui s’occupait de ce jardin venait de l’Amicale Laïque du Crêt-de-Roc, qui mène depuis plusieurs années une politique de développement des jardins partagés, par exemple le jardin La P’tite campagne, rue N ey ron.

Par un beau concours de circonstances, au moment de la fermeture contrainte du Berchu, un nouveau jardin partagé ouvrait : la Badouille, porté par le Remue-Méninges, un bar associatif culturel dans le quartier Badouillère, sur un terrain à sa proximité immédiate, mis à disposition par la mairie. De plus il y a des jardinières sur la terrasse du bar. Les personnes impliquées dans ce nouveau jardin, dont certaines participaient déjà au Berchu, ont voulu prendre exemple sur le travail de l’amicale du Crêt-de-Roc, se mettant en relation avec elle. C’est ainsi qu’elles ont élaboré les aménagements et matériaux de ce nouveau jardin, dans ce que leur budget leur permettait. L’expérience de l’amicale les a aidé à réaliser des dossiers, à trouver des plans de composteurs, de bancs, de tables, de bacs. Ces équipements ont été réalisés avec l’ACI de Montaud (Atelier et Chantier d’Insertion). C’est une sorte de résurgence de jardins partagés en jardins partagés. Ce nouveau jardin a des clefs !… Mais sa cloture ne fait qu’à peine 1 mètre de haut… Elle est surtout symbolique. C’est parce qu’à ces clefs, il y a un porte-clef : il a une forme de radis, ce qui paraît harmonieux. C’est un jardin extraordinaire.

Un jour, une jardineuse a trouvé un chrysanthème abandonné. Il était dans un pot, pas bien vigoureux. Elle l’a replanté, dans ce jardin partagé, courant mai. En prenant soin de lui, surtout pendant les chaleurs de l’été, il a grandi d’une force magnifique. Elle ne savait pas la couleur des fleurs, parce qu’il n’y avait pas beaucoup de tiges. Elle se révèle être, en novembre, d’un rose orangé et doré. C’est magnifique de voir cela d’une plante qui aurait pu être perdue. Aujourd’hui c’est un très beau plant. Elle dit qu’on rencontre des gens, c’est convivial. Six ou sept personnes s’occupent de ce nouveau jardin. On sème, on plante et on voit ça pousse, c’est bien. Voir la nature, c’est bien. Il y a beaucoup de choix. On plante un peu ce qu’on veut. On découvre ensemble. On apprend, et, surtout, on n’est pas seul. On discute et c’est sympathique. L’être humain est fait pour être avec d’autres personnes. Pour s’occuper du jardin il faut se dire comment on va partager les tâches. Ainsi, on s’organise, on se fait des amis et des collègues. Et le Remue-Méninge est un bar, où elle ne serait pas allée seule, dit-elle, alors qu’avec le jardin elle est contente d’y aller, même en hiver. Le temps de pause jardinage en cette saison froide permet de rencontrer d’autres personnes. Tout cela, en aménageant cet espace. Cela pourrait être n’importe quel espace, il s’avère que c’est du jardinage ; le jardinage connecte des gens qui ne se seraient pas croisés s’ils avaient suivi leur chemin de vie classique.
