Saint-Étienne : Rue Antoine Durafour, le cri de détresse de ceux que l’on n’entend plus

Entre bagarres à la machette, nuisances sonores permanentes et sentiment d’abandon, les habitants de la rue Antoine Durafour tentent de reprendre possession de leur vie. Pour eux, la sécurité n’est pas une option politique, c’est le premier des droits sociaux, un combat qu’ils ont désormais gravé dans une Charte.

« Ça fait un an que j’ai emménagé et un an qu’il n’y a pas eu une nuit tranquille. » Cette phrase, je l’ai entendue en boucle en arpentant la rue Antoine Durafour. En parcourant ce quartier de Chavanelle, je me rappelle des années où j’étais étudiant et habitais rue de la mulatière, cette rue parallèle à la rue Antoine Durafour et, lorsque j’entends les habitants me parlaient de ce que ce quartier est devenu, que je regarde dans quel état sont ses rues,  j’ai le coeur serré, aujourd’hui, le quotidien ne ressemble plus aux souvenirs, et encore moins aux brochures municipales. Pour dormir, il faut désormais s’équiper de casques ou d’écouteurs, tenter de noyer le chaos extérieur dans un bruit blanc artificiel. Rien n’efface la réalité brutale du bitume.

L’insécurité : une double peine pour les quartiers populaires

En écoutant ces riverains, une évidence s’impose : l’insécurité est une injustice sociale criante. Ce sont les travailleurs, les étudiants, les familles qui n’ont pas les moyens de fuir vers des quartiers résidentiels calmes qui subissent, de plein fouet, la loi du plus fort.

Quand un habitant me raconte avoir vu, à 5 heures du matin, un homme roué de coups, laissé inconscient sur le sol après une rixe à la machette et au pistolet, on comprend que nous ne parlons pas seulement de « nuisances ». Nous parlons de la rupture du contrat social. Garantir la sécurité dans ces rues, c’est protéger ceux qui n’ont que l’espace public en partage.

« Les arrêtés ne suffisent plus » : l’heure de la Charte

Sur place, le constat est amer. Malgré les arrêtés préfectoraux et les fermetures administratives de certaines épiceries — ouvertes parfois jusqu’à 6 heures du matin — rien ne semble s’apaiser. Les témoignages décrivent un enfer nocturne : musique à fond, rodéos urbains, trafics et dégradations.

Face à cette situation, le Collectif de la rue Antoine Durafour a décidé de passer à l’action citoyenne. Loin de toute idéologie, ils ont rédigé une Charte pour l’élection municipale 2026, un document qu’ils soumettent désormais à la signature de tous les candidats. Ce texte est un contrat d’engagement reposant sur trois piliers fondamentaux :

  • Sécurité & tranquillité nocturne : Les signataires s’engagent à faire respecter les règles (fermeture des commerces de nuit à 22h, présence policière régulière et sanctions fermes).
  • Mixité commerciale & offre locale : Stopper la mono-activité des commerces de nuit pour redonner au quartier un visage diurne et diversifié.
  • Prise en compte réelle des besoins des habitants : Exiger que les riverains soient écoutés avant les décisions, via un dialogue structuré et une action publique coordonnée.

La sécurité, condition de la liberté

Derrière la pétition signée par plus de 500 personnes et cette Charte adressée aux futurs élus, il y a une vision de la ville qui se dessine. Une ville où la sécurité est le socle de la fraternité. Car sans elle, il n’y a plus de mixité possible. Les amies qui n’osent plus sortir, les commerces de proximité qui ferment, les familles qui s’enferment à double tour : c’est tout le lien social qui s’étiole.Le collectif a lancé un défi aux élus et aux candidats : venir passer une nuit sur place pour voir, pour entendre, pour prouver que l’aspiration à une vie normale n’est pas qu’un slogan de campagne et, surtout, apposer leur signature au bas de cet engagement citoyen.

Le constat est clair : la bataille pour la sécurité à Saint-Étienne est avant tout une bataille pour l’égalité des droits. En invitant les candidats à signer leur Charte, les habitants de la rue Antoine Durafour rappellent que le premier devoir d’un élu est de garantir à tous le droit de vivre sans peur et de dormir en paix.

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