Contre la soupe à l’union du premier tour !

Je suis contre l’union dès le premier tour et j’explique pourquoi c’est une catastrophe pour la démocratie .

Par le passé, on a souvent considéré que l’union des forces de gauche — qu’il s’agisse du Programme commun, de la gauche plurielle ou du Front de gauche — constituait un gage de victoire et donc de transformation sociale.Et, en effet, certaines victoires électorales sont nées de ces alliances, de ces « cartels » de partis. Pourtant, elles n’ont jamais véritablement infléchi la direction néo‑libérale de notre société. L’union, lorsqu’elle se réduit à un accord entre « coupoles » partisanes, se heurte vite aux querelles d’ego et de boutiques.

De plus, réunir des organisations dont le nombre d’adhérents diminue année après année ne dit plus rien de la population réelle.

C’est pourquoi il faut poser la question : est‑ce l’union qui fait la force, ou la force qui crée l’union ? Je penche clairement pour la seconde hypothèse.

Ce n’est que lorsqu’un mouvement citoyen, issu de la base sociale, des quartiers, émerge avec puissance, que l’union devient possible et sensée.

Dans cette perspective, s’unir dès le premier tour des municipales relève de l’absurdité. Le premier tour est précisément l’espace où les différences doivent pouvoir s’exprimer, où chaque sensibilité doit être libre de présenter son projet, son ancrage, sa manière d’habiter la démocratie locale. On peut bien sûr se rassembler ensuite, quand il le faut et comme il le faut, mais l’effacement artificiel des nuances dès le départ empêche de comprendre ce que veulent réellement les habitants. L’union prématurée est souvent un arrangement d’appareil, pas une dynamique populaire.Or, c’est l’enracinement local, au plus près des habitant·e·s, qui peut réinventer une démocratie vivante, humaine et concrète.

Les élections municipales, régionales, et plus encore cantonales devraient permettre l’émergence de forces issues directement des citoyens. Mais ce n’est guère le cas. Pourquoi ?Le désintérêt pour un système démocratique devenu archaïque s’explique aisément : la population s’est vue trahie trop souvent par ceux qui étaient censés la représenter. Lorsque les promesses n’engagent que ceux qui y croient, il est logique que les citoyens refusent de participer à ce jeu de dupes.Que la majorité des gens se détourne de la politique n’a donc rien d’étonnant.

Ce qui l’est davantage, c’est que des militants sincères continuent de se dévouer corps et âme pour des partis qui les malmènent. J’aurai toujours du respect pour ces anciens militants qui n’ont jamais tiré d’avantages personnels de leur engagement. Ce respect ne s’étend pas aux professionnels de la politique : tandis qu’ils promettent des lendemains qui chantent, ils s’arrogent pour eux seuls les avantages immédiats.Ce climat de dégoût, cette nausée face à un monde politique qui semble aussi corrompu que la finance, rend difficile toute tentative de mobiliser sa voisine ou son voisin autour d’une action qui aurait, même de loin, une couleur politique.

Pourtant la politique, la vraie, devrait être la gestion par nous‑mêmes de nos quartiers, de nos villes, de nos vies. Elle devrait s’apprendre dès l’école et se pratiquer jusqu’à la maison de retraite, en passant par l’entreprise. Nous en sommes loin ; c’est pourquoi nous vivons encore la préhistoire de la démocratie.Il faudrait donc tout reprendre depuis la base. Mais qui acceptera cette tâche humble, qui ne rapporte ni gloire ni argent, mais seulement la satisfaction d’agir pour le bien commun ? Certainement pas les leaders, managers ou autres adeptes du « virus des hauteurs ».Vivement que nous prenions conscience que nous pouvons vivre sans eux.Reprenons le pouvoir sur nos villes et sur nos vies. Développons, partout où nous vivons, des réseaux citoyens enracinés et solidaires

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