Saint-Étienne : Rue Paul Signac, le naufrage des « pestiférés » de Solaure

Entre pressions sourdes et ras-le-bol électrique, les locataires de Métropole Habitat dans le quartier de Solaure n’en peuvent plus. Entre des chantiers interminables, un manque de respect flagrant et une gestion qui tourne au grand n’importe quoi, la colère gronde derrière les façades en travaux.

À Solaure, la crainte a longtemps imposé le silence. Dans la rue Paul Signac, s’exprimer publiquement sur ses conditions de logement ressemble à un acte de bravoure. Certains habitants, d’abord volontaires pour témoigner, finissent par se rétracter par crainte de retombées négatives de la part du bailleur social mais pour d’autres, la coupe est pleine, trop pleine.

« On nous traite comme des pestiférés »

Anthony Perret fait partie de ceux qui ne veulent plus se taire. Pour lui, le constat est sans appel : « Nous sommes les pestiférés de Solaure ».

Le quotidien des résidents est devenu un véritable parcours du combattant. Pour obtenir une simple réponse de Métropole Habitat, il faut s’armer d’une patience infinie. « Il n’est pas rare de devoir les relancer 5 ou 6 fois avant qu’un responsable daigne nous répondre », confie-t-il avec amertume.

Sur le terrain, la situation n’est guère plus brillante. Le chantier de rénovation, censé améliorer le cadre de vie, est devenu la source principale d’un stress permanent. Anthony pointe du doigt un manque total d’organisation : des bruits incessants « h24 » pour un chantier qui semble pourtant avancer au ralenti, et une gestion des parkings totalement illogique. Alors qu’un espace est réservé aux ouvriers, ces derniers occupent les places des locataires, ajoutant l’incivilité au désordre ambiant.

Travailler en 3/8, vivre en enfer

Pour Anthony, qui travaille en horaires décalés (3/8), le chantier est un supplice physique. « Je rentre à 6h du matin, et à 8h30, on perce les murs. Ils percent 10 minutes, puis plus rien… C’est leur travail, d’accord, mais où est la logique ? »

Plus grave encore : la sécurité et l’intimité des foyers semblent être passées à la trappe. Les locataires sont obligés de laisser le libre accès à leurs appartements. Résultat ? Une surveillance inexistante. « Une fois, j’ai trouvé un gamin au milieu de mon salon ! Les ouvriers ne regardent même pas qui entre », s’insurge Anthony qui rajoute : « et en plus, ce sont les habitants qui nettoient leurs allées! »

Des situations absurdes au quotidien

Le récit des travaux tourne parfois au ridicule. Dans l’appartement d’Anthony, qui sert pourtant de « logement témoin », les exemples de mauvaise gestion s’accumulent :

Incompréhension : Anthony me confie : « Chez moi, le carreleur a refusé d’intervenir, croyant à tort que le support était en bois. Le chef de chantier a dû intervenir pour qu’il consente enfin à poser le carrelage.  »

Perte de temps : Cinq visites d’ouvriers différents pour prendre… cinq fois la même photo.

Délais interminables : Trois semaines d’attente pour une simple petite finition.

Un automne au défi du froid

Mais le plus dur reste la gestion du froid. Si Anthony a eu la « chance » de voir ses fenêtres changées en août, d’autres ont subi l’intervention en octobre. La méthode est brutale : les ouvriers retirent toutes les fenêtres de l’appartement en même temps avant de poser les nouvelles, laissant le logement ouvert aux quatre vents toute la journée.

« Tout l’appartement est au froid. Le chauffage ne suffit plus et c’est une galère pas possible de réchauffer les pièces ensuite », déplore Anthony.

Aujourd’hui, les habitants de la rue Paul Signac n’attendent plus seulement des travaux, ils attendent d’être écoutés.

À Solaure, le chantier du respect, lui, semble être totalement à l’arrêt.

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