Mr Florent Roman, 52 ans, travaille, depuis 22 ans, au Chu, comme infirmier en psychiatrie. Il a débuté sa carrière à Saint Jean Bonnefonds et travaille désormais à Bellevue.

-Bonjour Florent

– Bonjour

– Comment vivez-vous cette période de crise face au Coronavirus?

– La gestion du coronavirus relève d’une crise politique avant d être une crise sanitaire . Rien n’a été préparé, pensé et programmé. Alors qu il aurait fallu produire des masques, des respirateurs et des tests dès le mois de décembre, rien n’a été entrepris au plus haut sommet de l’état. Le président et le gouvernement savaient dès le mois de décembre que le risque d épidémie était élevé. Ils ont menti aux français et surtout à tous ces gens qui sont allés travailler sans masques ( soignants libéraux, caissières…). Le manque de tests et de masques a fait que le confinement a été l unique solution nous ramenant à l’époque du moyen âge. Je suis profondément en colère. Ce confinement est une catastrophe et un révélateur. L hôpital est à genoux incapable de faire face à une épidémie. Depuis 30 ans une politique d austérité l’a complètement détruit.Seul les agents hospitaliers ont su se mobiliser, ils ont été formidables.

– Plus de 300 soignants ont manifesté leur colère le 14 mai face à un plan de restructuration proposé par la direction du CHU sans aucune concertation avec le personnel. Le lendemain, la direction a déclaré qu’il n’y aurait aucune suppression de lits ni d’emplois. Tout ceci est très confus. Pouvez-vous nous éclairer sur ce qu’il en est vraiment?

– J étais présent vendredi au rassemblement. La direction continue d appliquer la politique de l’ARS (Agence régionale de santé) profitant de la crise sanitaire pour faire passer des restructurations qui sont en réalité des plans de destruction avec fermeture de lits et de postes. Rien ne change. Cela concerne la psychiatrie la chirurgie thoracique et d autres services. Même pour les agents tout est flou. Le personnel n’est pas consulté. L’hôpital est dirigé par des managers dont la mission est de boucler un budget peau de chagrin. Je ne crois pas aux déclarations du Directeur Général, il a voulu éteindre l’incendie avant qu il ne prenne de l’ampleur. Si les agents hospitaliers ne se mobilisent pas, les suppressions de postes et de lits vont continuer.

– Quand la direction dit que les soignants n’ont tout simplement rien compris à ce qui se passait, n’est-ce pas une marque de mépris vis à vis d’eux?

– Lorsqu’ un mouvement social se dessine, il faut vite le discréditer. Les gens sont trop bêtes ils n’ont rien compris. Ou alors c’est la communication qui a été déficiente. Le Directeur Général se défend comme il peut mais les agents ne sont pas dupes.

– Pensez-vous que la situation dramatique dans laquelle se trouvent les soignants aujourd’hui soit une conséquence du plan d’économie de 3 milliards engagé par la ministre de la santé Madame Marisol Tourraine en 2015?

– Tous les gouvernements depuis 30 ans ont participé à la casse de l’hôpital public. L hôpital public dérange les libéraux. Il représente l’institution communiste par excellence. Institution publique financée par les cotisations sociales avec un personnel possédant une qualification associée à un salaire à vie. Institution qui n’a pas besoin d’investissement privé et de crédit bancaire pour fonctionner. Les soignants créent de la richesse, de la valeur économique, sans pour autant créer de profit. La santé n’est pas un coût.C’est un exemple et une réussite dangereuse pour les tenants d’un libéralisme dégueulasse et inhumain.

– Aujourd’hui, comment voyez-vous l’avenir dans les hôpitaux?

– Je ne lis pas dans le marc de café. Tout dépendra du rapport de force entre les agents hospitaliers, la population et les tenants du libéralisme au pouvoir.

– Avez-vous un message à adresser à nos lecteurs et si oui lequel?

– J ai été touché par les applaudissements mais les soignants ne sont pas des héros. Ils demandent des moyens de soigner. L ´hôpital appartient à nous tous, c est le bien commun. Il n’appartient pas aux gestionnaires et aux comptables. Une manifestation de grande ampleur avec une occupation du rond point de l hôpital nord permettrait de faire rencontrer les agents hospitaliers et la population.

– Excusez-moi le fait d’inviter à un rassemblement de grande ampleur, n’est-ce pas délicat en cette période face au coronavirus?

– Il faudra bien un jour reprendre une vie normale. C est vrai vous avez raison de souligner l’importance des gestes barrières. Une manifestation peut paraître prématurée mais nous n n’allons pas vivre indéfiniment confinés. Cela donne le temps de préparer une action de grande ampleur.

– Merci Florent d’avoir accepté de répondre à mes questions et bon courage.

– Merci à vous Fabrice pour votre soutien.