Ce texte est le compte rendu de l’introduction au débat «  «  qui s’est déroulé au Sam7 le 11 avril.

L’Humanisme à l’heure actuelle est un terme employé dans des sens très divers par des gens très différents. Et il est vrai que ce terme peut s’appliquer à différents moments historiques, différents courants philosophiques et différentes cultures…

Au-delà de ces racines profondes et de leur complexité, essayons clairement de définir aujourd’hui ce que pourrait être un humanisme contemporain.

Dans l’histoire les moments d’humanismes sont associés à des moments de crise et ont produit de profonds changements dans la société.

Avant de discuter ce sujet , dans le cadre de l’actualité, c’est-à-dire dans le cadre du plus important mouvement social actuel , les gilets jaunes , voyons quelques éléments sur l’histoire de l’humanisme :

Au sens le plus stricte, l’Humanisme correspond à une période historique allant de la fin du 14 siècle au 16 ème en Europe et que l’on a coutume de nommer la Renaissance. Galilée Giordano Bruno, Thomas more, Érasme, Léonard de Vinci… en sont des figures très connues. C’est un phénomène assez court mais dont l’influence se propagea dans les siècles suivants jusqu’aux révolutions. On le perdit un peu de vue ensuite et il resurgit comme question philosophique chez des penseurs du 20 ème siècle. …

Ceci n’est qu’ un exemple de « renaissance » et si l’on étudie l’humanisme dans différentes cultures et époques on trouver d’autres moments similaires, des moments humanistes.. nous sommes dans une vision courte et ethnocentrée de l’histoire.

Il y aurait beaucoup à dire sur les racines profondes de l’humanisme à des époques considérées comme archaïques et sur l’humanisme dans différentes cultures comme en Chine, Inde, Perse , monde arabo-andalou …par exemple.

Nous pouvons nous demander quels sont les aspects fondamentaux de ce moment historique (la Renaissance) et quelles en sont les principales caractéristiques.

Voici quelques repères:

Premièrement se produit une réaction contre le mode de vie et les valeurs du moyen âge accompagné d’un certain retour vers la culture gréco romaine.

Ensuite à cette époque, il émerge comme une nouvelle vision de l’être humain dont on valorise de plus en plus, la personnalité (la personne, /l’individu) et l’action transformatrice (Prométhéenne).

Troisièmement, la vision de la nature évolue, ce n’est plus un « espace de tentation et châtiments » mais notre propre environnement, notre jardin.

Enfin et c’est très important, un nouveau goût pour la recherche d’explications naturelles plutôt que surnaturelles se met en place et c’est en rapport avec le développement de la science et des technologies.

Ces 4 points convergent en une croyance qui place l’être humain comme facteur central du monde que celui-ci peut dominer par la connaissance et les sciences.

Cette façon de voir le monde et la vie va heurter les conceptions religieuses dogmatiques qui a cette époque organisent toute la société ;

Ce mouvement humanisme va remettre en question l’ordre établi et rentrer dans un processus de révolutionnarisation face à l’église, qui elle-même finira par muter (réforme, contre-réforme).  Finalement la crise passera de l’église à l’état, avec les révolutions contre les empires et les royaumes de « droit divin ».

Après cette période, l’humanisme agit plus comme tréfonds historique et n’apparaît que peu dans la période de colonialisme et des guerres mondiales.

Mais le débat va se rouvrir avec les philosophes de l’existence …. (Heidegger, Sartre Luypen )

Sartre pour se proclamer humaniste , Heidegger pour le critiquer comme une métaphysique de plus et Luypen pour en établir les fondements théoriques.

Ce cours résumé nous donne certains fondements historiques mais comme nous l’avons déjà dit il a plusieurs défauts. C’est une vision historiquement courte (quelques siècles) centré essentiellement sur l’Europe, c’est aussi pour les aspects les plus récents une vision philosophique plus que pratique de l’humanisme. On est donc loin d’avoir fait le tour de la question.

En effet, l’humanisme n’est pas seulement une philosophie mais aussi un changement psycho-social, qui se traduit dans une activité sociale et une attitude face à la vie en général. En effet l’humanisme, vu son objet, doit se situer face à des conditions réelles d’existence, face à la vie.

Ce sont des moments particuliers de l’évolution humaine , quelque chose se réveille, l’être humain y a une histoire, il fait l’histoire, il construit la société, il transforme son environnement , une intention de dépassement social et individuel se fraye un chemin, des possibles s’ouvrent. ..

En synthèse s’opère un véritable bouleversement tant psychique ( nouvelles croyances en un progrès possible) que social (période pré_révolutionnaires), le changement est total , il est en situation , un changement d’attitude face à la vie.

Une attitude qui pourrait se résumer à quelques propositions, comme :

– être attentifs aux humains et les traiter comme soi-même (règle d’or). Ce qui incluse de considérer tous les humains comme des égaux

– Reconnaître et valoriser les diversités personnelles et culturelles de chacun

– croire que l’on peut toujours aller plus loin dans la connaissance, toujours apprendre et notamment apprendre des autres

– Laisser les autres libres de leurs idées et de leurs croyances

– Exiger que tous les êtres humains soient bien traités avec dignité et donc sans violence (in-dignés).

Des idées apparemment simples mais qui ont pour conséquence un changement total de société … car clairement si dans une vision humaniste de la société aucun individu ne peut se prétendre au-dessus d’un autre …les impacts sur la démocratie, l’état et l’économie sont considérables.

Ainsi défini, l’humanisme est loin d’être une théorie abstraite ou une idéologie molle. C’est, au contraire, une attitude qui regroupe une pensée , une praxis et un fort sentiment qui se traduit par des actes très concrets. C’est une radicalité au sens où elle puise à la racine ce qui rend une société vraiment humaine !

Dans le moment actuel ou beaucoup se réclament d’un soit disant humanisme , il est peut être intéressant de voir que, pour certains aspects, les mouvements sociaux actuels des Indignés aux gilets jaunes sont sans doute plus proches de l’humanisme que les tenants de la morale légaliste.

L’humanisme restera une pensée et une pratique révolutionnaire tant que la dignité humaine ne sera pas pleinement respectée pour et par chaque être humain.

Le débat est ouvert.