Et si  les mots « Ecoute », « Respect », « Tolérance »… prenaient de nouveau tout leur sens dans le mouvement des gilets jaunes et que nous ne laissions pas mourir les étoiles?

Et si nous commencions chaque réunion en ayant une pensée pour tous les gilets jaunes qui, simplement pour défendre leurs convictions, pour manifester leurs idées, ont perdu la vie, ou ont été mutilés (chaque gilet jaune est aujourd’hui entaché du sang des victimes des violences policières)? Comment ne pas penser à eux ainsi qu’aux personnes qui sont actuellement en prison et à nos frères et sœurs de luttes qui ont perdu beaucoup en manifestant leurs souhaits de changer la société ?

Et si nous nous rappelions que sur le Rond point de Monthieu, nous avions signé une charte qui disait que nous ne laisserions personne à la rue, dans le fossé?

Et si nous respections chacun dans ses différences qui sont aussi des richesses et que nous arrêtions de nous critiquer les uns les autres simplement pour un mot ou pour un autre ? Qu’au contraire, nous reconnaissions le travail des personnes qui ont fait que, 5 mois après, nous sommes encore là, fatigués, moins c’est vrai (quoique ce soir nous étions quand même une bonne soixantaine à la réunion de la Richelandière) mais toujours aussi déterminés !

Nous qui voulons bâtir le monde de demain, nous qui rêvons de construire un monde meilleur pour nos enfants et nos petits enfants, si nous commencions par donner l’exemple ?

Au lieu de nous éparpiller à droite, à gauche, si nous continuions d’apprendre à travailler ensemble sur Saint Etienne en respectant chacune de nos sensibilités ?

Certaines personnes ont parlé, sans doute à juste titre, de reformer des groupes (actions, communication, coordination, logistique) au sein des gilets jaunes afin d’améliorer notre organisation.

Certains ont préféré faire comme si il n’y avait aucun référent dans les groupes et remplacer le nom de « messager » par « membre de la communication » même si d’autres ont rappelé que tout ceci avait été voté en assemblée! L’essentiel étant d’avancer dans la (re)construction du mouvement des gilets jaunes nous ne leur en tiendrons pas rigueur, avant que le(s) nom(s) change(nt) encore dans quelques temps !

La réunion a été chaotique et c’est dans une ambiance mouvementée que l’appel de Saint Nazaire a été lu.

Pour ceux qui veulent le connaître, le voici :

« Nous Gilets jaunes, constitués en assemblées locales, réunis à Saint-Nazaire, les 5, 6 et 7 avril 2019, nous adressons au peuple dans son ensemble. À la suite de la première assemblée de Commercy, environ 200 délégations présentes poursuivent leur combat contre l’extrémisme libéral, pour la liberté, l’égalité et la fraternité.

Malgré l’escalade répressive du gouvernement, l’accumulation de lois qui aggravent pour tous les conditions de vie, qui détruisent les droits et libertés, la mobilisation s’enracine pour changer le système incarné par Macron. Pour seule réponse au mouvement incarné par les Gilets jaunes et autres mouvements de lutte, le gouvernement panique et oppose une dérive autoritaire. Depuis cinq mois partout en France, sur les ronds-points, les parkings, les places, les péages, dans les manifestations et au sein de nos assemblées, nous continuons à débattre et à nous battre, contre toutes les formes d’inégalité et d’injustice et pour la solidarité et la dignité.

Nous revendiquons l’augmentation générale des salaires, des retraites et des minima sociaux, ainsi que des services publics pour tous et toutes. Nos solidarités en lutte vont tout particulièrement aux neuf millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. Conscients de l’urgence environnementale, nous affirmons, fin du monde, fin du mois, même logique, même combat.

Face à la mascarade des grands débats, face à un gouvernement non représentatif au service d’une minorité privilégiée, nous mettons en place les nouvelles formes d’une démocratie directe.

Concrètement, nous reconnaissons que l’assemblée des assemblées peut recevoir des propositions des assemblées locales, et émettre des orientations comme l’a fait la première assemblée des assemblées de Commercy. Ces orientations sont ensuite systématiquement soumises aux groupes locaux. L’Assemblée des assemblées réaffirme son indépendance vis-à-vis des partis politiques, des organisations syndicales et ne reconnaît aucun leader autoproclamé.

Pendant trois jours, en assemblée plénière et par groupes thématiques, nous avons tous débattu et élaboré des propositions pour nos revendications, actions, moyens de communication et de coordination. Nous nous inscrivons dans la durée et décidons d’organiser une prochaine Assemblée des assemblées en juin.

Afin de renforcer le rapport de forces, de mettre les citoyens en ordre de bataille contre ce système, l’Assemblée des assemblées appelle à des actions dont le calendrier sera prochainement diffusé par le biais d’une plateforme numérique.

L’Assemblée des assemblées appelle à élargir et renforcer les assemblées citoyennes souveraines et de nouvelles. Nous appelons l’ensemble des Gilets jaunes à diffuser cet appel et les conclusions des travaux de notre assemblée. Les résultats des travaux réalisés en plénière vont alimenter les actions et les réflexions des assemblées.

Nous lançons plusieurs appels, sur les européennes, les assemblées citoyennes populaires locales, contre la répression et pour l’annulation des peines des prisonniers et condamnés du mouvement. Il nous semble nécessaire de prendre un temps de trois semaines pour mobiliser l’ensemble des Gilets jaunes et convaincre celles et ceux qui ne le sont pas encore. Nous appelons à une semaine jaune d’action à partir du 1er mai.

Nous invitons toutes les personnes voulant mettre fin à l’accaparement du vivant à assumer une conflictualité avec le système actuel, pour créer ensemble, par tous les moyens nécessaires, un nouveau mouvement social, écologique, populaire. La multiplication des luttes actuelles nous appelle à rechercher l’unité d’action.

Nous appelons à tous les échelons du territoire à combattre collectivement pour obtenir la satisfaction de nos revendications sociales, fiscales, écologiques et démocratiques. Conscients que nos avons à combattre un système global, nous considérons qu’il faudra sortir du capitalisme. Ainsi nous construirons collectivement le fameux « toutes et tous ensemble » que nous scandons et qui rend tout possible. Nous construisons toutes et tous ensemble à tous les niveaux du territoire.

Le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. Ne nous regardez pas, rejoignez-nous. »