Ce n’est pas notre rôle d’alimenter la polémique nationale au sujet de la mobilisation du 17, vous trouverez des dizaines de liens pour ou contre facilement sur internet.

Notre rôle de média local est de rencontrer directement les acteurs de la vie sociale locale. Ce qui ressort de ces rencontres avec ceux qui animent le mouvement du 17 est un fort sentiment de colère et d’injustice. En effet, ils ont raison de dire que les politiques actuelles fondées sur les seuls prix sont antisociales et creusent les inégalités,  la hausse des prix des carburants étant dans ce cadre la mesure injuste de trop, vécue comme telle au quotidien, à chaque plein.
Nous précisons que si nous voulons allez plus loin que la protestation légitime, de nombreuses idées seraient à mettre en place localement comme relocaliser l’emploi, arrêter avec la mobilité forcenée, développer les transports en commun gratuits, en finir avec  les projets actuels de fermetures de lignes de la SNCF mais aussi beaucoup de solutions autour d’une autre façon de partager l’espace, le co-voiturage à grande échelle…

Voici un courrier que deux des animateur du mouvement adressent aux organisations de la Loire. A vous de vous faire un avis.

Philippe Bariol

(le rendez-vous stéphanois est le 17 novembre sur le parking du géant casino Monthieu à 7h00)

Camarades,

Nous prenons la liberté de vous écrire pour vous présenter ce que nous contribuons de faire avec le « mouvement » La Loire en Colère en appelant au blocage le 17 novembre 2018.

Tout d’abord, quelques arguments contre le 17 novembre à évacuer.

La première infox (c’est le nouveau nom des fake news), c’est un appel lancé par la fachosphère. Non. Comme vous pouvez le lire en allant sur Pour une Baisse des Prix du Carburant à la Pompe, le site sur lequel est posé la pétition. Que des partisans de l’extrême droite essaie de récupérer cet appel, c’est un signe que cet appel fait mal.

Et ce n’est pas le ralliement daté du 26 octobre de Le Pen Marine et de Dupont-Aignan Nicolas qui change à l’affaire. Pour certains d’entre-nous, nous nous y intéressons depuis un peu avant le 20 octobre.

La deuxième infox, c’est le patronat des Transports qui aurait lancé cet appel. Ce qui est sûrement vrai, c’est qu’il a profité de l’appel au 17 novembre pour avancer ses billes. Pour eux, et il faut distinguer les grands groupes et les propriétaires d’un seul camion ou de deux, l’inquiétude c’est la suppression des avantages fiscaux liés à l’utilisation du Diesel. La taxe est passée de 44,19% en 2012 à 60,75% en 2018, soit + 37%. Les ristournes consenties représentent environ 900 millions d’euros pour le gazole routier. Ces ristournes font environ un peu moins de 20% de la note TVA+TCIPP. Ce qui est sûr, c’est qu’une très faible partie des taxes issues de la vente de produits pétroliers (60% sur le diesel ou 63% sur l’essence) est et sera consacrée à la lutte contre le réchauffement climatique.

Le but de cette taxe, c’est de faire rentrer des thunes dans les caisses de l’État pour pouvoir sponsoriser le patronat et les riches. Et cet aspect n’est qu’une illustration de la politique du gouvernement qui vise à marginaliser l’impôt sur le revenu, qui est progressif et théoriquement redistributif, par des taxes qui, elles, touchent tout le monde. Pour un salarié au SMIC, entre 10% et 20% de son revenu passe dans la TVA et autres taxes. Notez en passant que dans le cas de l’essence ou du diesel, la TVA (20%) s’applique sur la taxe sur produits pétroliers !

Certains nous reprochent d’avoir choisi le samedi pour notre action. Désolé, nous n’avons pas choisi. De plus, il me semble qu’une partie du mouvement syndical s’était rallié à la « marée populaire » au mois de mai, même si ça n’a pas été une « grande marée ».

Nous ne nous étendons pas sur le caractère nécessaire, « en région » comme ils disent, de disposer d’une voiture. La politique de l’État de fermeture des lignes SNCF non-rentables selon les décideurs, les difficultés des transports en commun par autobus, rendent quasi-impossible le fait de se passer de voiture. Et pour tous les salariés travaillant avec des horaires atypiques (travail de nuit, travail posté, astreintes, travail itinérant chez des clients, …), ne pas avoir de voiture signifie un renoncement quasiment certain à tout travail.

Eh oui, il y a eu des grèves, des manifestations, des rassemblements. Et ils sont loin d’avoir fait le plein. C’est exact. Une des causes, c’est la précarité, l’éclatement des salariés en plusieurs « entreprises » travaillant dans la même usine. D’abord les « intérimaires », ensuite les prestataires de service (maintenance, gardiennage, accueil, nettoyage, restauration, secrétariat et je pense que j’en oublie). Enfin, les sous-traitants dans de petites boites en général soumise à la volonté des donneurs d’ordre (et dans la Loire, il y en a beaucoup). Dernière roue du char du capital : les stagiaires… Cet éclatement du travail, la précarité, les contrats courts ou très courts, l’intérim à répétition n’aide pas à l’organisation ouvrière. Et dans la Fonction Publique le précariat a des formes souvent plus violentes.

Toutes les causes précédemment évoquées ne sont pas des excuses. C’est la réalité. Mais refuser de participer au 17 novembre en prétextant que « quand il fallait faire quelque chose vous n’avez rien fait », c’est un peu hypothéquer l’avenir.

Sur les marchés, dans la rue, les gens expriment deux choses. A la fois, leur colère et leur impuissance. Il faut s’appuyer sur la colère pour vaincre le sentiment d’impuissance. Le 17 novembre, nous proposons quelque chose de concret, qui engage, qui motive.

Nous n’avons pas plus de propositions à vous faire. Il vous appartient de vous déterminer et déterminer les modalités de votre inscription dans cette « marée » populaire. Pour notre part, nous nous tenons à votre disposition pour toute rencontre ou demande d’information.

Salutations camarades.

Saint Etienne, le 28 octobre 2018

Brice Telki, Denis Rivier