La défense de l’eau publique, une urgence à Saint-Étienne !

Le constat est édifiant : Saint-Etienne est l’une des villes de France où l’eau est la plus chère, tandis que sa qualité est médiocre. Pourtant, sa bonne implantation géographique lui permet de ne pas manquer d’approvisionnement. Le prix élevé payé par les habitants, de même que la mauvaise qualité de l’eau, sont en fait directement imputable à la société privée en charge des services de distribution et d’assainissement de l’eau depuis 1992 : la Stéphanoise des Eaux.

Jusqu’en 1989 le service de l’eau était sous régie municipale, le prix du m3 d’eau se tenait à 3,38 Francs. Mais en 1990, le maire François Dubanchet annonce des augmentations tarifaires. Elles ont pour but de faire rentrer de l’argent dans les caisses de la Ville, dont le niveau d’endettement est un record, et de rendre le service de l’eau attractif pour une future privatisation. Le conseil municipal fixe le prix de l’eau à 4,50F / m3, et vote des hausses pour 1991 et 1992, respectivement à 6,20F / m3 et 7,90F / m3. La situation est grave : cette décision ne respecte pas la règle de l’annualité budgétaire et la gestion du service en régie publique lui interdit légalement de faire des bénéfices (or, le service de l’eau a reversé 17 millions de Francs à la ville cette année). Malgré les différentes saisies du Tribunal Administratif et de la Cour Régionale des Comptes, alertés par des syndicats et des élus de gauche, la municipalité s’entête et s’enlise.

Privatisation de l’eau, sans consultation ni délibération !

En 1992 le prix de 7,90F / m3 est imposé, représentant une hausse de 124% par rapport à 1990. Le maire annonce la future privatisation de l’eau, sans consultation ni délibération. Malgré l’opposition, la délégation du service est rapidement mise en place. La Ville garde les équipements et le réseau mais cède la gestion à la Lyonnaise des Eaux et la Générale des Eaux qui, associées dans l’opération, donnent naissance à la Société Stéphanoise des Eaux. Passé pour 30 ans (1992-2022), avec une révision seulement tous les 5 ans, le contrat est donc très favorable à la Stéphanoise des Eaux. Les protestations des élus et de la société civile sont balayées tandis que la mobilisation des employés est sévèrement réprimée.

En 1996 Saint-Etienne est la 3ème ville de France où l’eau est la plus chère. Comme une évidence, l’association Eau et Services Publics voit le jour. Elle sera plus tard assistée dans sa lutte par une autre association : Eau Secours.

Des membres de Eau et Services Publics et Eau Secours 42 avec Sainté Debout à Tournon pour les Aquarévoltes 

 

La privatisation a amené une hausse de 600% du prix de l’eau à Saint-Etienne !

Aujourd’hui, la question d’un service public de l’eau à Saint-Etienne a été malheureusement peu à peu évacuée des débats. Pourtant, l’année 2018 est une année de révision du contrat et il arrive à échéance dans 5 ans seulement. La discussion doit revenir sur la table ! De 1992 à 2008, le prix global du m3, tout intégré, a été multiplié par 6. Autrement dit, la privatisation a amené une hausse de 600% du prix de l’eau à Saint-Etienne ! Il n’est pas acceptable de fermer les yeux sur une telle situation. C’est pourquoi les associations Eau et Services Publics et Eau Secours prévoient de coorganiser au plus vite un cycle de conférences sur le sujet. Se former et informer est la plus essentielle des missions à accomplir pour ramener l’eau publique et de qualité à Saint-Etienne, comme partout en France : unissons-nous pour agir !

Hélène Vialleton

Présidente d’Eau et Services Publics