Cour d’Appel de Lyon, lundi 5 février, 13h30. C’est à cette date que le procès en appel de Martin avait été reporté, puisque les policiers accusant Martin n’avaient pas été capables de fournir LA vidéo tant attendue qu’ils avaient contre lui lors de la séance du 9 octobre. Aucune preuve tangible, aucun élément nouveau du côté de l’accusation, et toujours des montagnes d’incohérences au dossier… C’est la relaxe que la Cour d’Appel aurait dû prononcer, mais bien sûr ce procès politique n’en serait pas un s’il n’était pas caractérisé par autant d’acharnement ! Et c’est donc à la Cour d’Appel de Lyon, lundi 5 février, 13h30, que l’appel a été renvoyé.

Le comité de soutien appelait à une mobilisation massive pour le soutenir ce jour-là. Quelques 200 personnes venues de toute la France ont répondu présentes et sont restées l’après-midi dehors pour accompagner Martin dans cette épreuve supplémentaire. Tandis que certains proches, famille, amis et camarades, sont allés à l’audience avec lui, le gros des troupes s’est resserré devant le tribunal. Un soutien large, pour une affaire si révoltante. Les Comités CGT des Travailleurs Privés d’Emploi et Précaires de Saint-Etienne et de Lyon ; les Unions Départementales de la CGT de la Loire et du Rhône ; les fédérations des Jeunes Communistes de la Loire, de Lyon et des Bouches du Rhône ; la section PCF de Saint-Etienne, France Insoumise, Ensemble!, le NPA, Sud Solidaires, Lutte Ouvrière… Les prises de parole se sont succédées, toutes rappelant les injustices et les incohérences de ce procès, revenant sur d’autres cas de répression syndicale et politique, faisant état d’une situation sociale et politique toujours plus catastrophique. Une lettre adressée par Philippe Martinez, secrétaire national de la CGT, et une autre de Camille Lainé, secrétaire nationale du MJCF, sont venues compléter la liste des interventions. De temps en temps, les discours s’arrêtaient et l’on donnait le micro au collectif Amalaïta et aux rappeurs stéphanois Spoir et Triton. Des interludes musicales bienvenues, pour mettre du rythme dans notre indignation, poser d’autres mots sur notre révolte, et encore nous rapprocher, ouvrir nos cœurs et nos sourires.

Malgré le froid, la pluie, la neige, l’inquiétude et la tension, le rassemblement s’est déroulé dans la convivialité et la bonne humeur. Amis des piquets de grève, des manifestations et des blocages, comme à son habitude la solidarité nous a rapprochés et réchauffés. Nous avons tenu bon derrière Martin, ensemble, sans considération de nos divergences d’opinions et d’étiquettes, pour ce procès encore, comme pour tous les précédents et comme pour tous les suivants s’il devait y en avoir d’autres. Nous sommes venus et nous avons tenu parce que Martin ne pouvait pas tenir seul face à la répression. Nous sommes venus et nous avons tenu parce que nous refusons de laisser l’appareil policier et judiciaire faire des exemples, les isoler et les briser, en toute quiétude. Nous sommes venus et nous avons tenu, par conscience, par conviction, parce que les actes d’engagement politique ou syndical ne méritent que la relaxe. Nous sommes venus et nous sommes restés, enfin, parce que nous sommes tous Martin.

Et puis Martin est ressorti, accompagné de ses proches et de son avocate. Encore sonné, blessé aussi, d’avoir été accusé par le Procureur d’être un menteur et un agitateur. Et puis inquiet, bien sûr, parce que la (encore) bonne défense de Maître Karine Thiébault n’avait (encore) peut-être pas suffi ? Comment croire que des preuves, des bilans d’expertises, des arguments logiques et une bonne plaidoirie suffisent à relaxer les innocents quand nous savons que la justice de classe est à l’œuvre ? Comment y croire quand nous savons que l’appareil judiciaire français ne remet jamais en cause la parole des policiers ?

Le verdict est tombé vendredi 9 mars. Martin est condamné à 6 mois de prison avec sursis, à verser 800 euros à un policier et 500 euros chacun à deux autres, ainsi qu’une inscription de 5 ans au casier n°2 (soit une interdiction d’exercer dans la fonction publique pendant 5 ans) mais aucune amende. Pour rappel, Martin était condamné en première instance à 8 mois de prison avec sursis, 3850€ d’amendes et d’indemnités à verser à 7 policiers soi-disant blessés et 5 ans d’inscription sur le casier judiciaire n°2. A demis mots, ce résultat s’apparente donc à un aveu. Un aveu de la « justice française » comme on en voit rarement : la vidéo prétendument accablante présentée par l’accusation a mené la Cour d’Appel non pas à aggraver la condamnation de Martin mais à refuser des indemnités à 4 policiers. Bien sûr, ni Martin ni le comité de soutien ne se satisfont de ce verdict, puisqu’une fois encore tous les éléments avaient été apportés pour prononcer la relaxe. Mais la « justice française » a débouté 4 policiers, du jamais vu ! Comme un geste des juges. Comme pour dire « s’il vous plait, arrêtons là, nous ne pouvons pas débouter plus de policiers », « arrêtons là, nous ne pouvons pas plus vous innocenter ». Oui, arrêtons là. Il n’y aura pas de pourvoi en cassation. Il n’y aura plus de preuves, plus de procès, plus de plaidoirie. Nous en avons assez. Et nous avons compris. Cette justice n’est pas la nôtre et nous n’y croyons plus. Nous avons obtenu un aveu à demis mots, de juges qui savent que Martin est innocent mais qui l’ont condamné quand même, parce qu’il n’y avait pas d’autre issue. Parce qu’un procès politique est un procès politique.

Etant solidaires de toutes les victimes de l’appareil répressif, une caisse de solidarité a été mise en place par le comité de soutien pour payer les frais de justice engagés pour la défense de nos camarades. Ils font face à des frais exorbitants (amendes, avocats, indemnités, consultations). Yvan et Jules ont été condamnés en appel à plus de 6000€ d’amendes et d’indemnités, ainsi que 4 mois de prison avec sursis pour Jules… L’appel pour Elli, Victor et Yohan n’a pas encore eu lieu… Face à des gouvernements qui bafouent successivement nos conquis sociaux, l’heure est à l’expression indéfectible de notre solidarité ! Vous pouvez envoyer un don pour la caisse de solidarité à l’Union Départementale CGT de la Loire au 4 cours Victor Hugo – 42000 Saint-Etienne (chèque à l’ordre de l’UD CGT 42) ou à la Jeunesse Communiste de la Loire au 3 rue Brossard – 42000 Saint-Etienne (chèque à l’ordre de la JC 42).