A Saint-Etienne, il y a quelques années existait un groupe de chômeurs se désignant eux-mêmes comme les « feignasses » , ils publiaient un journal (Feignasse)  et organisaient des actions et des fêtes des chômeurs.

Voici une synthèse de leur propositions, critiques, provocatrices, pertinentes et joyeuses.

Nous appelons tous les travailleurs précaires, les intérimaires en colère, les intermittents du spectacle et de l’emploi, les saisonniers, les stagiaires démotivés, les étudiants désorientés, les retraités en mal de revenu, les sans-papiers, les licenciés preneur d’otage, les travailleurs forcés… à inventer ensemble une grève des chômeurs, une grève de tous les précaires.

Ce n’est pas parce que nous n’avons pas d’usine où nous retrouver qu’on ne va pas s’organiser. Mais ce serait quoi une grève des chômeurs ?
Déjà le refus de nous laisser harceler, mobiliser, culpabiliser, insérer aux forceps..

C’est le système qui crée le chômage…
Une entreprise va mal ? On licencie. Une entreprise va bien ? on investit sur les marchés financiers, et on licencie.
Les relations sociales n’ont pas évolué aussi vite que la technique et si les machines travaillent à notre place ce n’est pas pour nous libérer du travail mais pour nous priver de ressources. Là où du travail « humain » est encore indispensable, on le délocalise vers les pays aux bas salaires, ou on importe des immigrés sous-payés pour le faire, dans une spirale descendante infernale.

La lutte contre les chômeurs…doit cesser
Officiellement, on parle de « lutte contre le chômage », en fait, c’est plutôt contre les chômeurs.
On trafique les statistiques, on « occupe » les chômeurs , on multiplie les contrôles. on ajoute de la morale, on culpabilise, en affirmant que les chômeurs seraient responsables de leur sort, en exigeant des preuves de « recherche active d’ emploi ».
Aujourd’hui, on ne conteste plus les conditions de travail , on doit se sentir heureux du seul fait de ne pas être au chômage. Et les chômeurs doivent se dire malheureux pour la seule raison qu’ils n’ont pas de travail.

Le chômage c’est la santé du marché.
C’est justement parce que l’argent est le but et non l’utilité sociale, que le chômage existe. Que se passe-t-il dès qu’une entreprise annonce une charrette de licenciements ? Les actionnaires sautent de joie, les spéculateurs la félicitent pour sa stratégie d’assainissement, les actions grimpent, et le prochain bilan témoignera des bénéfices ainsi engrangés.

Ironie, le chômeur ça rapporte…
De la sorte, on peut dire que les chômeurs créent plus de profits que leurs ex-collègues. Il serait donc logique de les récompenser pour leur contribution sans égal à la croissance. Au lieu de cela, ils touchent des miettes.

Par contre la gestion du chômage ça coûte…
En 2003, chaque chômeur revient à 26 555 euros par an. Et s’il les touchait directement? ou bien est-ce que les demandeurs d’emploi ne pourraient-ils pas gérer eux-mêmes le service public de l’emploi ?

Notre première proposition est immédiatement applicable : suppression de toutes les mesures de contrôle contre les chômeurs, fermeture de toutes les agences et officines de manipulation statistique et propagande (ce serait notre contribution aux restrictions budgétaires en cours), et versement automatique et inconditionnel des allocations augmentées des sommes ainsi épargnées.
Le nouveau délire ultra-libéral reproche aux chômeurs de se complaire dans l’assistance, de vivre aux crochets de l’État mais c’est justement pour appliquer cette solidarité que nous l’avons bâti (l’état)… sinon on peut s’organiser sans lui.

Et notre seconde proposition est que tout ce qui concerne les précaires et les chômeurs soit gérer par eux-mêmes.

Exclusion?? insertion ?

Mais qui aujourd’hui voudrait vivre comme un cadre sup stressé, qui aurait envie de se bourrer le crâne de ses rangées de chiffres sans esprit, de crever de son infarctus , de vivre une vie qui n’a aucun sens ? C’est de bon cœur que nous nous excluons de l’abstraction dominante ; c’est une autre sorte d’intégration que nous recherchons. Nous pratiquons et nous voulons développer des activités sociales utiles pour tous.

Le sentiment d’être utile à la communauté a disparu de 95% des jobs. La question n’est plus : à quoi ça sert, mais : combien ça rapporte. Nous ne voulons pas de ce travail là.

Qui vit complètement isolé dans son monde de riche, en état d’apesanteur sociale, n’aura jamais assez de fric pour combler sa misère existentielle. Nous voulons juste de quoi vivre dignement dans une existence qui a un sens.

 

Largement inspiré du Manifeste des Chômeurs Heureux Lecture publique à trois voix, en chaise-longue et agrémentée de diapositives, donnée pour la première fois le
14 Août 1996 au « Marché aux Esclaves » du Prater (Berlin-Est) devant une assemblée mi-enthousiaste, mi-dubitative.